Ce n'est pas possible, ce n'est pas le moment. On aimerait que se soit juste un vilain rêve, on espère que cela ne va pas
durer.
Comme une mauvaise blague, lorsqu'on a le coeur qui bat si fort que c'est à la limite de la nausée, on sourit nerveusement parce que l'on ne sait pas quoi faire, ni comment réagir.
Pour la première fois, je suis là, présente devant ce départ trop précipité, trop violent.
Quelques mois auparavant, il y avait eu un déjeuner, des discussions, des rigolades autour d'un bon repas.
La journée se passe, on se dit au revoir avec l'espoir de se revoir bien vite. Les semaines s'écoulent, des nouvelles au téléphone.
Le gilet gentiment prêté parce qu'il faisait froid, et encore aujourd'hui sagement rangé dans cette armoire devenue trop petite.
Des semaines plus tard, un appel qui m'annonce qu'une hospitalisation est prévue. Plongé dans des pensées ; ce n'est pas bien grave surement le contre coup de quelque chose. Et puis les silences
familiaux, c'est de "coutume".
Dehors le temps est de plus en plus chaud, cette canicule pas assez prise au sérieux. 42°c c'est trop. C'est dur d'entendre les médias annoncer de mauvaises nouvelles ; la cause à effets.
Le temps passe mais rien ne va.
Les premières visites. On essaye de garder de sourire. On discute de tout de rien, c'est le vide... Inexplicable.
On se dit au revoir, on part et puis on revient deux jours plus tard, bien sûr que l'on veut y aller, c'est tellement normal.
Aucunes nouvelles, encore une fois les secrets, il faut se taire, ne rien dire, ne rien dévoiler... Peur de la vérité, peur de montrer ses sentiments et surtout de les exterioriser.
La douleur reprend le dessus, il faut que l'on sache. Le pretexte de la chaleur, on va chercher quelque chose à boire. Et puis de retour dans cette chambre, chaude, humide, cette odeur... on
voit les yeux rouges, les traces de larmes et les têtes qui se baissent.
La voix trop dure et pourtant tellement sure d'elle : "Ca y est c'est la fin, je n'en ai plus pour très longtemps ?". Et encore mensonges, il ne faut rien dire... "on a vu personne, ils ne
peuvent pas nous renseigner".
Alors elle savait. Comment, pourquoi, l'ignorance est totale.
Quelques jours passent encore. Un ultime coup de téléphone. Si on veut la voir c'est ce soir.
La peur, on se sent toute petite, miette, larve, rien, face cet aspect de la vie qui nous a tout donné et qui nous reprend tout en l'espace d'un instant parce que c'est la vie, parce que c'est la
mort. D'autre dirons parce que c'est le destin.
Chacun assis, tête baissée, les larmes, quelques paroles douces, les sussurements, les sourires, les regards remplis de compassion et surtout les souvenirs qui remontent peu à peu à la
surface.
On peut aller lui parler.
La blouse qu'il faut mettre, le couloir à traverser, les chambres ouvertes, les mots des autres, les pleurs... la peur.
Même dans ce lieu, si désert, si emprunt de rien, la peur est présente et pourtant silencieuse. Le bruit, le dialogue de cette machine dont on sait tout quand la fiction télévisée défile,
mais dont on ne sait plus rien lorsqu'elle se présente à nous.
Se pencher devant ce coma. Parler doucement, dire simplement que le monde merveilleux est tout proche, c'est bizarre mais surement mieux, dire que l'on pensera très fort à elle lorsque l'on ira
voir "Le Royaume des Chats", que tout le monde se soutiendra, qu'on ira à la Chapelle Miraculeuse et surtout qu'on l'aime très fort.
Alors on sait qu'elle nous entend. Il y a cette larme qui coule le long de sa joue droite "Ô Mamie" et que l'on essuie parce que l'on veut garder cette dernière chose pour soit.
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La mort n'est elle pas simplement la vie, tout comme dans la vie on y rencontre la mort ?
2008-02-06T20:56:00+01:00
Mamie
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